mercredi 25 février 2009

Stagiaires et cie

Depuis le temps que j'envisage de le faire, il était temps que je passe à l'action : aujourd'hui nous allons parler des stagiaires du Lycée en Bois.


On en rigolait bien avec la Fraise (oui je sais que j'en fais partie des stagiaires mais moi je suis formidable) et de temps en temps je lui envoie des mails pour la tenir au courant de nos péripéties (elle me manque, La Fraise). Et là je me suis dit que vous aussi vous aviez bien le droit de savoir à qui vous confiez vos enfants.

Au Lycée en Bois, y'a pas mal de stagiaires, et dès le premier jour, on s'est vite repérés les uns les autres pour former une joyeuse bande de débutants.

Mais dès le deuxième jour, j'ai senti qu'il y avait une couille dans le potage.

Le premier à avoir éveillé mes soupçons, c'est JP.
JP, il vient du 93 là où-ça-rigole-pas-tu-vois. Il était pion là-bas et si tu l'écoutes, il a vu des fusillades, de la coke dans les manteaux, des gang bang dans les chiottes.
Enfin bon, ça c'est ce qu'il dit.
Du coup JP il est au taquet, les Bûcherons, c'est du pipi de chat pour lui. Jusque là, JP est drôle. Donc jusque là, JP est mon ami.
Sauf que JP il saoûle, il parle tellement que ça te fait un bruit de fond en continu, genre RTL le matin dans la voiture.
Et puis avouons-le, JP raconte n'importe quoi.
En ce moment, il raconte à qui veut l'entendre que ses élèves sont excités en cours parce qu'ils sortent d'italien et que leur prof (moi, donc) leur laisse foutre le bordel donc ils croient qu'ils vont pouvoir faire pareil dans son cours.
Quand je vous dis qu'il dit n'importe quoi. Franchement.
Et puis il m'a proposé cinq fois de dormir chez lui + une fois d'aller au resto.
Je garde mes distances avec JP.

Alors j'ai commencé à fréquenter Derrick, certifié d'origine Montagnarde pure souche. Derrick, il aime l'IUFM, il trouve les Bûcherons pénibles et il ne comprend pas que ma Twingo ne soit pas équipée de pneus neige.
Mais le meilleur n'est pas là.
Derrick a une fiancée, il vont se marier en 2010. Ils passent des heures ensemble. Parfois ils passent douze heures de suite à discuter. Elle est tellement belle. Il à 750 photos d'elle. (un jour il a essayé de me faire une séquence de viens je te montre les photos mais je me suis sauvée, faut pas déconner non plus). Ils viennent de fêter leurs six mois de couple.
Sa fiancée vit au Brésil, ils ne se sont jamais rencontrés.
Evidemment je ne juge pas, ni rien mais j'en entends parler en continu, tout le temps et ça saoûle.
Demandez à la Fraise. Derrick est un peu son chouchou.

Puis il y a Ness. Elle emploie pleins de mots compliqués iufmesque, ses cours sont toujours prêts, propres, intelligents et organisés.
Bordel elle m'énerve quoi.

Et là je me dis que quand même, y'a un truc qui cloche. Mais comment ils ont eu leur concours ? Faut-il avoir un grain de folie pour décrocher le sésame ?
Apparemment oui.

J'ai développé une nouvelle théorie : selon moi ils sont cinglés parce qu'un jour ils se sont dit qu'ils voulaient être prof, et ça, franchement, c'est quand même pas un truc normal quoi.

Du coup je me dis que moi aussi je dois être la cinglée de quelqu'un.

Mais franchement, j'en doute. J'veux dire.

lundi 19 janvier 2009

Entre les murs, bis

J'ai enfin fini mon stage au Collège Formidable et croyez-moi, je me suis drôlement amusée.

J'ai passé des heures à observer mon tuteur et puis quand j'en ai eu marre d'avoir le cul vissé sur la chaise, j'ai fait cours.

Quand t'es habitué à faire des cours de lycée à de jeunes bûcherons tellement inoffensifs que t'as plus rien à raconter sur ton blog, la transition au Collège Formidable est plutôt... intéressante.

Déjà les 4e ne captaient rien, ce qui en soi est normal puisqu'ils débutent la langue. Mais moi j'ai un peu de mal à ralentir mon débit de parole et à coordonner mes gestes, donc autant vous dire que les 4e sont restés collés sur leur chaise, les yeux écarquillés de stupéfaction.
Rigolo mais pas pédago.

De plus, le Collège Formidable est classé ZEP, situé au beau milieu d'une cité, soit rien à voir avec mon lycée en bois dans les montagnes où il fait bon respirer la neige.
Et pour les élèves c'est un peu pareil, au Collège Formidable, j'en soupçonne certains de ne pas respirer que de la neige.

Je me sentais un peu comme Monsieur Marin dans Entre les murs. Tout pareil.

La semaine dernière, je faisais mon cours et puis paf, je sors le mot "gouffre" :
- Madame c'est quoi un gouffre ?
- Ben... Un gros trou.

Puis je récidive en disant "sillon" :
- Madame c'est quoi un sillon ?
- Ben c'est genre un trou qui...
- C'est un gouffre ?
- Euh nan. C'est genre quand tu fais glisser ton doigt dans le sable tu vois ça fait une petite ligne...
- Ah ouais comme sur ma règle regardez madame c'est un sillon là hein ouais ?
- Ouais ouais.
- Vas-y montre fais tourner !
(le reste de la classe en folie).

Du coup je faisais vachement gaffe à pas dire de mots trop compliqués.

- Alors selon la publicité, quelles sont les vertus du produit ?
- Madaaaaaam c'est quoi les vertus ?
- Les qualités.
- Ah ouais. Bah vous pouvez pas dire les qualités plutôt que de dire des mots qu'on y comprend rien franchement ?

Je me retenais de rire, parce que bon si un sillon sur une règle les excite, je vous dis pas l'effet que ça leur ferait de voir la prof rigoler à toutes leurs conneries.

Mais j'ai pas pu me retenir longtemps.

Les élèves devaient écrire un petit texte donc j'étais un peu tranquille, je circulais dans les rangs.
- Madame vous pouvez venir siouplé ?
- J'arrive.
J'ai mis environ 28 secondes à arriver, le temps de traverser la salle.
- Oui ?
- Qu'est-ce qu'il y a madame ?
- Ben tu m'as appelée.
- Ah oui c'est vrai. Ben j'sais plus ce que je voulais vous demander.

Là, j'avoue que j'ai éclaté de rire, c'était trop.
Dommage que ce soit fini.

jeudi 15 janvier 2009

J'aimais mieux quand c'éTAIS-TOI

Bordel, le temps file et j'en oublierais presque que j'ai un blog à l'abandon.

Mais que voulez-vous, entre les cours au lycée, le stage en collège, la formation IUFM et toutes ces conneries d'écrits à rendre, j'ai plus le temps de rien.
Et puis j'ai une vie sociale mouvementée, je vais quand même pas la sacrifier à des conneries de blog, nan mais.


Mais heureusement pour nous tous, mes Bûcherons me mettent la pression et je reviens vers vous afin d'effectuer mon travail de bloganalyse sous peine de finir sous Prozac.

Parce que visiblement les vacances de Noël ont eu un effet drôlement excitant sur les élèves et j'en chie des ronds de chapeau depuis la rentrée.

Un des mes élèves trimballe le contenu d'une boîte à outils dans sa trousse, en fin de journée je retrouve des vis et des clous dans la salle, ça m'inquiète.

Une autre passe son temps à se fabriquer des tee-shirts pour doigts avec du papier et du scotch. Elle découpe, plie, colle et colorie ses oeuvres en cours. Ca m'intrigue.

Deux autres sont en train de tomber amoureux, ils ne se retrouvent qu'au cours d'italien, j'vous dis pas l'effervescence d'hormones et le cirque qu'ils me font à jouer à jeux-de-mains-jeux-de-vilains et autres parades sexuelles. Ca, ça m'intrigue moins.

Michel me délaisse un peu. Ca m'attriste.

Tout fout le camp j'vous dis.

La pionne de folie que j'étais n'est plus qu'un lointain souvenir.

A présent, je vire guimauve sentimaliste, certes à tendance caustique, mais guimauve quand même.

Mes élèves sont d'adorables choupinous. Ils sont vraiment cons, mais qu'est-ce qu'ils sont mignons.

Quand je vous dis que je suis grave.

Et eux, ils ont bien remarqué que j'étais en mode bisounours alors ils en profitent.

- Chut chut taisez-vous !

Que je répète encore et encore, en vain.

Et eux, ils en ont ranafout', ils continuent à se raconter leur week-end / soirée / récré.

Ca, c'est normal, me direz-vous. Bah oui, je sais.

Sauf.

Lundi, je décide de faire un exemple en m'attardant sur Adèle, qui devait plus avoir de salive tant elle ne cessait de parler à sa voisine depuis une heure et à qui je venais de dire de la boucler environ trois secondes plus tôt :

- Saperlipopette mais qu'est-ce que tu comprends pas dans "Tais-toi" ?

- Mais madame... J'ai pas fini de lui raconter mon histoire !

Pour le coup, c'est moi qui suis restée coite.

jeudi 18 décembre 2008

Premier conseil de classe

Les seuls conseils de classe auxquels j'avais assistés dans ma vie étaient ceux de ma classe de 3e, y'a genre dix ans, quand j'étais déléguée de classe.

Du coup j'appréhendais un peu mes conseils de classe en tant que prof.
Ben ouais, j'en ai jamais fait !
L'IUFM nous avait drôlement bien préparés : on a fait des jeux de rôles (qu'est-ce qu'on rigole à l'IUFM), on nous a distribué des fiches, on nous a parlé et tout et tout.

J'étais fin prête pour les conseils de classe.
...........
...........
...........

En vrai, pas du tout. Les jeux de rôles, c'était juste rigolo et les fiches vous pensez bien que j'ai autre chose à foutre que les lire, bordel.

Evidemment, je me suis pointée à la bourre au premier conseil, la faute à la pluie et aux camions sur la route.

Le coup du retard pour me foutre le stress c'est vraiment top.

Donc je débarque dans la salle où le conseil, présidé par le Gros Proviseur, avait déjà débuté et hop, je m'assois tout près de la porte, sur la première chaise que je trouve.

Toute rouge et en sueur que j'étais.

Je sors mes affaires de ma valisette à coccinelles multicolores (que j'ai tenté de planquer malgré tout) et une fois installée, j'ai observé la salle.

Putain, je connaissais quasiment personne.

Ce Lycée en Bois est tellement énorme que c'est possible de pas connaître tout le monde, ne serait-ce que de vue, au bout de trois mois.

J'ai cherché mes potes les stagiaires, mais rien, ils étaient pas là.

Quel grand moment de solitude.

Puis je me suis rendue compte que tout le monde avait devant soi une belle fiche avec toutes les notes de tous les élèves dans toutes les matières. Ca m'intéressait drôlement. Et moi je l'avais pas puisque je m'étais pointée à la bourre.

Rah, j'étais pas contente.

Du coup, je me suis rapprochée de ma voisine et j'ai commencé à tordre ma tête pour loucher sur sa feuille. Puis j'ai tiré un coup sur la feuille pour la rapprocher de moi.

La voisine, elle a moyennement apprécié mon offensive et elle a tiré d'un coup sec sa feuille vers elle.

Mais quelle connasse, que je me suis exclamée mentalement.

Là, la CPE est sortie de je-sais-pas-où et m'a filée une feuille juste pour moi en soufflant fort et en me faisant les gros yeux.

Mais bordel, j'en ai marre qu'elle m'engueule tout le temps cette CPE, c'est quand même pas possible nan ?

J'étais toute perturbée par cette affaire de feuille et du coup j'ai même pas entendu que c'était mon tour de donner mon avis sur la classe.

Le blanc.

Evidemment, c'était le bordel dans mes papiers donc j'ai mis une heure à retrouver les notes que j'avais préparée, je suis devenue toute rouge, il s'est mis à faire étrangement chaud dans cette salle.

Finalement j'ai jamais retrouvé le papier (en fait si, je l'ai retrouvé le soir même sur mon bureau c'était bien la peine hein) et donc j'ai improvisé à la Eluise, c'était un peu rigolo (sauf pour la CPE qui continuait à pincer les lèvres et à lever les yeux au ciel). Mais Gros Provi a rigolé, donc ça veut dire que ça devait être rigolo.

Ils ont oublié de faire parler la connasse à côté de moi et je lui ai fait un sourire narquois.
Bien fait pour ta gueule, qu'il voulait dire mon sourire.
Puis on a parlé de chaque élève et c'était rudement long, d'autant plus que moi j'ai jamais toute la classe alors qu'est-ce que je me fais chier.

En plus j'avais personne avec qui papoter, vu que la connasse et moi on était un peu en froid rapport à la bataille de la feuille.

Enfin le conseil a pris fin.

Et là, Gros Provi se tourne vers la connasse et lui dit :
- Les parents d'élèves, vous avez quelque chose à dire ?

Putaaaaaaain.

mercredi 3 décembre 2008

Statistiques en U


Quand t'es stagiaire, tu expérimentes.
Tout.
Tu testes un truc, un autre, tu prends ce qui marche, tu jettes ce qui marche pas, tu changes d'avis.
Tu peux faire ça avec les documents, les exercices, les explications, les stylos, les livres, les cd, les vidéos, les mots.
Tout.
Sauf avec les élèves.
Parfois c'est bien dommage d'ailleurs.

Le dernier truc que j'ai testé, c'est la salle.
Ouais, carrément.

Depuis la rentrée, je faisais cours dans une salle dans laquelle les tables étaient disposées en rang d'oignon, les élèves les uns derrière les autres.
C'est beau, certes.
Mais c'est pas pratique.

Parce que dans un cours de langue vivante, parler à son voisin qui est dans son dos c'est un peu la merde.
Ca, c'est pour l'argument pédago.

Deuxième argument, socio-pédago.
L'élève situé au fond à gauche (ça marche aussi pour le fond à droite) n'en branle pas une. C'est statistique. Il se fout au fond, il entend rien quand l'intello de devant parle et il est tellement loin que toi tu vois même pas bien qui c'est.
Et non, le professeur de folie que je suis ne peut accepter cet isolement paresseux.

Troisième argument, pratico.
Avant, les tables étaient bien serrées, bien collées les unes contre les autres. Normal, j'vous rappelle qu'à la montagne on se meule le cul alors on se tient chaud comme on peut.
Sauf que pour moi, c'était le danger permanent.
Circuler entre les tables signifiait me prendre les pieds dans les sacs et dans les manteaux.
Me glisser entre les tables signifiait une réduction temporaire de ma masse corporelle (souvent impossible, malheureusement).
Et ce glissement signifiait devoir choisir entre un glissement de face ou un glissement de dos. Je vous laisse imaginer la scène (10 cm pour passer, des élèves mâles aux hormones exacerbées).

Il me fallait donc tester un nouveau truc.
J'ai nommé la disposition en U.

Alors un beau matin, j'ai joué à la déménageuse, j'ai tout bougé et hop, une belle salle en U.

Les élèves étaient drôlement contents. Ben oui, la disposition en U multiplie potentiellement les bavardages à l'infini. Ca aussi c'est statistique.

Et ils se sont mis immédiatement au boulot. En s'activant à rentabiliser les bavardages et autres lancers d'objets en tout genre.

Mais l'avantage de la disposition en U c'est que je peux me poster devant n'importe quel élève en trois secondes. Et là le potentiel d'action est également infini : le faire flipper en tapant sur sa table, mater son cahier, lui confisquer ses découpages et sa sarbacane, lui mettre une petite baffe, fouiller dans sa trousse, ôter sa casquette et j'en passe.
Et puis j'adore être au milieu du U, d'ailleurs j'ai eu un petit gloussement la première fois, j'étais toute émue.

Pourtant au bout d'une heure de test, les inconvénients avaient pris le pas sur les avantages.
En clair, j'étais grave saoûlée par leur bordel.

- Bah si c'est comme ça, la prochaine fois on remet les tables en rang et puis voilà !
Que j'ai dit.

La réponse fusa :
- Non non pitié madame ! Pitié ! C'est trop bien comme ça !

- Nan nan nan, vous écoutez rien, c'est le bordel et puis...

Et là, Michel est intervenu :
- Mais nan, regardez madame, c'est génial, vous, vous êtes au milieu, vous marchez et puis nous... Nous, on vous regarde !

La salle est restée en U.

mercredi 26 novembre 2008

Michel loves me

Depuis le début de l'année, Michel des Secondes Boulet me voue un amour sans faille. Il me mange littéralement dans la main. C'est délicieux.


Pourtant, qu'est-ce qu'il est con Michel.

En salle des profs, tout le monde s'accorde à le dire.

Ah ouais, Michel il est con.
T'as raison, il est vraiment con.
Qui ça ?
Michel.
Ah ouais, il est rudement con.

Ainsi, vous étiez au courant de l'affaire du Kama-Sutra.

Mais je vous ai pas raconté le reste.

Michel m'a demandé mon adresse mail.
Puis mon numéro de téléphone.
Puis il a annoncé qu'il passerait le week-end avec moi.
Et qu'il n'aimait l'italien que parce que c'était moi.
Michel me défend systématiquement lorsqu'un élève se montre irrévérencieux.
Michel, il m'aime.

Evidemment, c'est rigolo.

Parce que Michel est un clown. C'est devenu un jeu dans la classe.

Mais moi je me méfie. Parce que Michel a un coefficient d'emmerdement fort élevé. Si un beau jour il décide de pourrir mon cours, je n'aurai que mes yeux pour pleurer et mon stylo pour coller. Je reste toujours sur mes gardes et je l'ai à l'oeil. Faut se méfier.

Alors je me montre douce avec Michel. Je l'amadoue.
Je lui accorde le droit de m'aimer.
Lorsqu'il est fâché - son 4 au dernier devoir lui a moyennement plu, par exemple - je lui fais les yeux doux, je lui parle gentiment et il arrête de bouder.
C'est pas très éthique je sais.
Mais quand on a des atouts naturels comme les miens, qu'est-ce que vous voulez y faire, on les utilise hein. A défaut d'un cerveau c'est toujours ça de pris.
Et c'est drôlement efficace.
Parce qu'au fond, tout ce qu'il veut Michel, c'est qu'on le regarde.

Et puis l'autre jour, le drame.

Je notais les devoirs au tableau. La sonnerie était imminente. Celle de midi, celle qui fait dévaler les escaliers aux gamins parce qu'ils veulent être les premiers à la cantoche sinon on vous dit pas la file madame !

Je me retourne.

Plus de Michel.

Une classe sans Michel c'est comme un JT sans PPD.

- Où est Michel ?

Silence.
Plus un bruit.

- Il est sorti ? (espèce de baltringue, il va voir sa gueule si je le pécho cet enculé).
- Naaaaan.
- Comment ça nan ? Vous vous foutez pas de ma gueule un peu par hasard ?
- Euh... Nan ?

Paf la sonnerie.
Les élèves bondissent vers la porte et dans le couloir j'entends :
- Tiens Michel je t'ai pris le texte...

A mon tour je bondis vers la porte tel un prof vers la machine à café et je chope Michel par la peau du cou.
Véner que j'étais.

- Vas-y fais péter le carnet.

Je lui colle un mot histoire qu'il se fasse déchirer par sa mère le soir en rentrant et je le fais dégager de ma vue.

Je l'entends gueuler dans le couloir qu'il viendra pas le lendemain et tout et tout.

Et moi je commence à stresser. Putain.
Il m'aime plus.
Ca c'est pas grave.
Mais ça veut dire qu'il va me mettre la misère à mon prochain cours.
Bordel.

Angoissée, j'étais.

Le lendemain, je faisais pas la maline.

Et je vois Michel débarquer.

Je lui souris, histoire de lui montrer que c'est bon, c'est fini.
Et surtout histoire de fayoter pour pas qu'il fasse chier.

Et il me sourit.
Il participe durant tout le cours.
Youhou.

- Mi piace la prof d'italiano, la mademoiselle Eluise, perchè fuma lo spinello !

Qu'il dit. (J'aime la prof d'italien, mademoiselle Eluise, parce qu'elle fume des joints).

Je rigole.
- Ah ben j'apprends quelque chose.
Que je lui dis.

Et comme je suis un peu prof, j'en profite pour lui dire que mademoiselle se dit signorina.
- Mais madame vous pouvez déjà mettre signora (= madame) parce que vous et moi à la fin de l'année, on va se marier !
- Et ben j'en apprends des choses aujourd'hui.

Michel, plus je le frappe, plus il aime ça.
Parce qu'effectivement, plus on s'occupe de lui et plus il est content.

Et si je veux, l'an prochain je serai pas une Catherinette.

vendredi 21 novembre 2008

Terra incognita

L'autre jour à l'IUFM on nous a dit ça :

- Bon vous allez commencer vos SPA, voici vos affectations...

- Euh pardon mais... SPA ??

- Stage de Pratique Accompagnée.

- Aaaah ok.

Ca veut dire que si t'es en lycée, tu vas aller te farcir 30 heures en collège et vice versa.

- Alors Eluise pour vous on a un établissement for-mi-da-ble.

Là mon cerveau s'est mis à frémir, je me voyais déjà affectée dans ma ville, dans un collège tranquillou, avec des classes européenes, des 6e bilangues...

- Vous allez en ZEP dans la montagne ! C'est pas formidable ?

Formidable, c'est le mot.

Cette semaine j'ai donc débarqué au collège Formidable, au fin fond d'une ZUP. Ca me change de ma montagne habituelle.
Enfin, ça me change tout court en fait.

J'étais drôlement contente de voir des collégiens, ça m'a rappelé mes années de pionne.
Je suis restée quelques minutes dans la cour à les regarder faire les cons et je me suis souvenue à quel point c'étaient des blaireaux, les collégiens. Mais bordel ils jouent encore au loup en 6e. J'avais oublié.

Mais ils sont mignons quand même.

J'ai passé la première journée à observer le cours, c'était drôlement chiant.
J'avais oublié comme c'était le bagne d'écouter un prof.
Putain, j'vous jure c'est horrible.
T'es là, assis, t'as froid parce que tu bouges pas. T'écoutes. Ou du moins tu fais style. Alors que tu t'en branles en fait de décrire l'image et de savoir si Ugo va faire un accident avec son scooter et se payer la Fiat 500 (page 36 du manuel).

Mais heureusement, ce prof, mon tuteur numéro deux, il est rudement sympa et son cours est pas si chiant.
Ce qui est chiant c'est de rester le cul assis sur une chaise à copier un tableau.
C'est ptêt pour ça que les élèves deviennent des blaireaux.

Heureusement, les mini-blaireaux sont drôles. Qu'est-ce qu'ils peuvent dire comme conneries à la minute.
J'ai bien rigolé.
Ils kiffent le pipi, le caca et surtout le popo. Le vomi aussi. Voilà.

Par contre ils ont passé leur temps à me reluquer en se demandant qui je pouvais bien être, alors que ma venue leur avait été annoncée. Que voulez-vous, le collégien a une mémoire de poisson rouge atrophié du cervelet.
Et moi je me sentais comme le singe du zoo. S'ils avaient eu des cacahuètes ils me les auraient balancées.

Le prof m'a dit qu'il fallait que je m'intègre.
Ah.

En tous cas c'est pas gagné parce qu'une gamine a fini par me dire :
- Tu parles français ?

Y'a du boulot.

lundi 17 novembre 2008

Mon beau sapin

Aujourd'hui je t'emmène voir ailleurs si j'y suis (mais j'y suis pas).

Ca se passe ici :
http://www.monbeausapin.org/

Tu rigoles et ta rigolade est une bonne action.

Tout ça gratos !

Nan !

Si !

Allez magne-toi le fion.

dimanche 16 novembre 2008

Sémimarrant

Décidément l'IUFM n'a pas fini de me surprendre.

Ils nous réservent toujours un tas de surprises ces cons-là.

La dernière en date s'appelle le séminaire CSEPYA.

Je déconne pas, ça s'appelle vraiment comme ça.
Qu'est-ce que ça veut dire ?

"Connaître le Système Educatif Pour Y Agir".
CSEPYA.
CQFD !
Ca ne s'invente pas.

Donc l'autre jour je reçois ma convoc' pour le (la ?) CSEPYA et je suis bien aise de constater que la formation aura lieu dans le collège qui est juste au bout de ma rue.
Chic, j'me dis, j'aurai pas à déplacer la Twingo, la pauvre, et en plus je serai même pas à la bourre, quand même, avec deux minutes à pattes ça devrait le faire.

Evidemment, c'est le téléphone qui m'a réveillée.
- Bordel Eluise qu'est-ce que tu fous ?
- Ben j'dors quelle question, et si tu veux savoir, tu me réveilles...
- Connasse magne-toi le fion on commence dans deux minutes le temps de finir les croissants et le café.
Putain, ils ont attaqué la brioche sans moi cette bande de gloutons de mes deux.

Donc je trace jusqu'au collège et je débarque dans la salle en sueur en balbutiant que je suis désolée mais que le réveil a sonné mais de façon fort peu convaincante, l'enculé.

La salle justement, elle est remplie de profs stagiaires.
Je m'assois, je fais un peu de bordel pour sortir mes affaires, je taxe du papier au voisin de gauche, un crayon au voisin de droite, t'as pas un mouchoir aussi, putain tu trouves pas qu'il fait chaud, ça va sinon ?

Puis je jette un oeil autour de moi et là !
Là !
Oui !
L'un des formateurs n'est autre que le Psy d'amour de la CCP !
Mon doux mon brave !
J'étais drôlement contente.
Ce psy, c'est quand même ma star.

(bordel je viens de me rendre compte que j'étais assise sur un tas de copies d'élèves, elles sont toutes chiffonnées maintenant, putain, va expliquer aux jeunes que leurs copies sont pourries parce que mon cul royal les a broyées sur le canap').

Donc ce psy, c'est ma star, et cette formation avec lui s'avérait donc fort prometteuse.

Le Psy propose un tour de table pour que chacun de nous se présente et hop, on s'exécute.
Y'a le prof de français sexy mais qui se la pète, le prof d'histoire psycho-rigide, la prof qui a peur de son ombre, une CPE connasse, un prof de maths punk, un documentaliste bavard, une prof d'arts plastiques poétique et j'en passe.

Arrive mon tour.
Je m'éclaircis la voix, hum hum, je suis un peu malade en ce moment.
- Bonjour je...
Bordel c'est quoi cette voix de Roger faiblarde ?
- Je...
Putain, plus de voix.
- Excusez-moi, je vais faire un check son... Un deux, un deux...
Ma voix n'est pas revenue. Donc je me suis présentée avec une voix d'ado qui mue, c'était pas classe du tout. J'avais la haine ! Moi, punie ! Moi sans voix !

Heureusement, on a passé la matinée à écouter les formateurs. Ou pas. Perso je me suis trouvée d'autres activités.
Ecrire des textos, faire des clins d'oeil au prof de français mignon, répéter douze fois au voisin de gauche qui s'appelle Pierre, je ne vous jette pas la pierre, Pierre, et rigoler, me moucher, me râcler la gorge, décalquer Hello Kitty de ma gomme sur une feuille puis la recopier sur la table, oui je suis une vandale, me lever pour reprendre de la brioche, faut pas gâcher hein, enrouler et dérouler mon écharpe.
C'était vraiment chiant.
Mon Psy me décevait.
Lui qui d'habitude nous offre des formations formidables il m'a déçue.

Puis heureusement il a enfin proposé des travaux en groupe et ça c'était cool parce qu'au moins on pouvait un peu rigoler entre stagiaires.

Mais en vrai nan.

Le stagiaire rigole peu voire pas du tout.

Parce que le stagiaire est un flippé de merde qui kiffe les formations, qui se chie dessus à l'idée de pas être titularisé et qui, rappelons-le, est un prof avant tout.

Donc le stagiaire est chiant.

Heureusement dans mon groupe de travail y'avait quelques personnes normales avec qui on a pu délirer sur la gueule des autres.

Du genre le stagaire choqué parce qu'un de ses élèves lui a répondu "Ok ça marche". Ou bien cet autre outré que ses élèves utilisent systématiquement les guillemets anglais au lieu des guillemets français.

What the fuck ?

On se bidonnait bien.

Finalement, ils étaient plutôt sympas les stagaires.

Et le programme du prochain séminaire vous savez ce que c'est ?
Jeux de rôles.
Je sens que ça va être bon.

mardi 11 novembre 2008

Va bene

Depuis qu'on est profs avec mes copines nos conversations ont drôlement évoluées.

Genre hier soir on débatait sur pourquoi on dit pas "par contre" mais "en revanche", on parlait de prépositions et tout, on s'interrogeait sur la nature grammaticale de pleins de mots c'était cool.
Ca fout les jetons hein ?

Mais notre conversation préférée, c'est quand on se demande ce que nos élèves peuvent bien penser de nous.
Parce qu'on s'aime et que parler nous c'est bon.

Depuis que j'ai foutu les pieds à l'école pour la première fois, quand j'avais six ans, chacun de mes profs a eu droit à son surnom et à la liste de ses tics et expressions favorites. Le tout soigneusement imité par moi avec la voix et les gestes. En seconde j'avais même fait un recueil des perles de la prof de français. Depuis toujours, je note la "phrase du jour" dans mon agenda.

Oui j'ai que ça à foutre.

Donc autant vous dire qu'observer les gens et me foutre de leur gueule, c'est vraiment ma spécialité.
Par contre en revanche je déteste qu'on le fasse pour moi.

Je déteste qu'on m'imite, qu'on me regarde, qu'on se moque de moi.
J'ai un peu douze ans quand je veux.
Et c'est un peu emmerdant quand on est prof.

Parce que les élèves, ils ont rien d'autre à faire que de me regarder pendant une heure. Enfin si, ils pourraient étudier, parler italien, participer, mais vous savez bien que les élèves c'est pas leur truc tout ça.

Donc ils me regardent (et je suis contente quand ils me regardent, au moins ils ne bavardent pas / n'envoient pas de textos / ne se retournent pas) et moi je me demande quelles sont mes tares.

Les élèves m'imitent-ils dans la cour en ricanant ? Répètent-ils mes expressions quand ils sont bourrés ?
Là encore je sais bien qu'ils ont d'autres choses à foutre que m'imiter, mais franchement, qui ne l'a pas fait ?

Donc l'autre jour j'étais en cours avec les Premières que j'aime d'amour, c'était la fin de la journée, on était tous un peu détendus du slip, on rigolait un peu.
Mais on bossait hein.

Et puis à un moment, j'ai un déclic.

Je me rends compte que j'arrête pas de répéter Va bene.

Va bene.

Va bene.

Va bene.

Pareil que le jour où j'ai remarqué que je répétais tout le temps Tu vois.

Tu vois.

Putain ce jour-là j'étais horrifiée tu vois.
Donc je faisais cours et je ponctuais toutes mes phrases de Va bene.

Bordel, j'arrivais pas à me retenir.

Même après avoir écrit un bidule au tableau.

Va bene.

Et là j'entends un ricanement.

Je me retourne doucement, l'oeil suspicieux, la craie en arrêt.

- Je le dis tout le temps c'est ça ?

- De quoi madame ?

- Va bene.

Ces salauds de Première ont drôlement rigolé.

- Ouais madame, à mort !

- Putaaaaain, je le savais. Je sais ce que c'est hein de se moquer des profs, oh la la, vous devez avoir toute une liste de trucs que je fais, que je dis et vous devez rigoler sur ma face pendant la récré ah la la, c'est horrible !

Les Premières étaient un peu interloqués.

- Mais nan madame !

- Nan ?

- Naaaaan ! Vous, vous avez une image trop positive, ouais, avec vous y'a que du positif madame !

Quand je vous dis que je les aime d'amour ces Premières.

Mais pour la forme j'ai quand même répondu :

- Bande de baltringues de lèches-cul va !

(enfin.... un truc dans le genre).

 


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